Silhouette anonyme tenant un brin d'estragon dans la lumière

Portrait autorisé — visage protégé par accord de confidentialité.

Le gardien

Nicolas XII.

On le voit chaque matin sur les écrans. On l'entend décortiquer les indices boursiers, expliquer les politiques monétaires, sourire poliment aux blagues de ses confrères. Ce qu'on ignore, c'est qu'à chacune de ses interventions, il porte sur lui — toujours — au moins douze brins d'estragon.

Pas par superstition. Par vocation. Nicolas XII est le douzième d'une lignée secrète de gardiens de l'Artemisia Dracunculus, fondée — selon la tradition — en Provence au XVIᵉ siècle, par un cuisinier de cour exilé.

« Le matin, je commente l'économie. Le reste du temps, je propage. »

Identité civile
Protégée. Indice : il parle de marchés financiers avant 9h.
Premier brin consommé
Vers 1987, dans une omelette de sa grand-mère. Choc fondateur.
Plante d'intérieur
Sept pieds d'estragon en pot. Nommés de A à G.
Phobie
Le persil plat. « Une imposture verte. »
Devise
Vita brevis, dracunculus aeternus.
Signe distinctif
Une feuille séchée glissée dans la pochette de son veston.
Charrié — mais imperturbable

« Ils peuvent rire.
Moi, je sème. »

En studio, ses collègues le taquinent. Sur les ondes, il sourit. Dans sa loge, à 9h05, il consulte ses pieds d'estragon par FaceTime depuis son rebord de fenêtre. Chacun son équilibre.